J'avais 13 ans, sans drogue ni prostituées

Publié le 6 Juin 2016

Lorsque je suis entré au collège, gamin timide, solitaire et introverti j’avais une grande peur. Je redoutais que les autres puissent lire dans mes pensées. Ce n’était pas exactement de la paranoïa, c’était seulement de la pudeur. Avec mes mots d’adulte contemporain, je peux dire que je ressentais des pulsions et des désirs nouveaux qui provoquaient en moi des pensées nouvelles que je n’assumais pas et je redoutais que les autres, la doxa cruelle des élèves de sixième et des classes suivantes, entre dans ma tête et se moque de cela. 

C’était une peur sincère, c’était-à-dire une peur irrationnelle. Je savais bien que l’on n’était pas capable de lire dans les pensées des gens, j’en étais rationnellement convaincu mais pourtant je redoutais que cela m’arrive. J’interprétais toujours le comportement des autres à mon égard à la lumière de mes pensées intimes. Dans le même temps je désirais aussi ardemment que cette horde vorace constituant la doxa pré-pubère ai à son tour ses pensées révélées au grand public ; je pensais que cela rétablirait une forme d’équilibre cosmique. Je pensais que si l’on parvenait à dévoiler au grand jour les pensées intimes, et donc forcément faillibles et déviantes, de ces jeunes animaux hormonaux ils tomberaient de leurs piédestal et j’entrerai là où j’étais le mieux, c'est-à-dire dans l’anonymat. 

Je parle d’un temps où les réseaux sociaux n’existaient pas, et nous n’avions ni Twitter, ni Facebook, aucun outil pour justement exposer en permanence le contenu de nos pensées, de notre estomac et de notre culotte. 

Je redoutais donc que l’on découvre le monde intérieur de mes pensées charnelles et fantasmatiques parce que j’étais incapable de les assumer et encore moins de les réaliser. C’était sale, sexuelle, sensuel, délirant et instinctif ; je bouillais de pulsions dépassant ce que ma conscience pouvait gérer. Pourquoi est-ce que je raconte cela ? Parce qu’aujourd’hui je réalise qu’avec internet et les blogs, je suis en mesure de constituer une zone qui est à l’image de mon inconscient de l’époque. J’avais douze, treize et quatorze ans et je ne savais pas que faire de ces pensées salaces. Plus de 20 ans après je réalise que je tiens un blog qui est le reflet de mes désirs archaïques avec des corps dans une sexualité crue, de l’érotisme pudique, quelques flirts transgressif et ma parole qui s’y sent libre. Ce cocktail là c’est celui du moi archaïque qui naissait en mon corps et en mon âme lorsque j’entrais dans l’adolescence. Et avec le recule je trouve ça fascinant. 

Je vais continuer à laisser divaguer mes fantasmes et mes obsessions et parfois je vais laisser ma conscience exploser mes pensées avec mon goût indéfectible pour les mots, l’érotisme et la transgression.

 

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Je est un autre, #Je est un Blog

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