Chiner sa bibliothèque #11

Publié le 25 Juin 2016

Il serait tellement facile de tomber dans le mysticisme et de raconter qu’un  livre acheté est le fruit une rencontre et que les vide-greniers sont des lieux de partouzes entre des lecteurs errants et des livres aux pages largement écartées ; oui ça serait sûrement facile de déchoir dans cette prose grandiloquente et grandguignolesque mais ça serait aussi idiot.

Pourtant il y a bien des matins où l’objet livre qui passe entre mes mains me procure plus de plaisir que d’habitude et cela avant même de l’avoir lu, avant même qu’il face partie de ma bibliothèque chinée. C’est la fleur de l’instant fécondée par une intuition qui ressemble à cette fleur dont le parfum ensorcèle l’esprit de l’homme qui croise la silhouette d’une femme et que sait dans immédiatement que ce corps habité est le parfait élément de son désir ; aussitôt la femme convoitée trouve une place idéale dans l’architecture branlante des fantasmes secrets de l’homme. C’est la coïncidence entre le sujet et l’objet qui est belle, ce je-ne-sais-quoi de hasard qui écrit le sous texte d’une rencontre ; un incipit improbable qui nait dans des cartons poussiéreux où des gens d’horizons différentes entassent des objets-livres.

Il me fallait bien ces digressions nébuleuses en guise d’introduction avant de vous parler de deux ouvrages que j’ai trouvés samedi dernier dans un petit vide-grenier. Ce sont deux livres issus de la même collection dans la même édition, édité par La Bibliothèque des arts, rien  que le nom est un gage de poésie et de la poésie il en question  dans chacun  des ouvrages. Mais revenons à l’objet, ce sont de petits formats un peu plus large qu’un livre de poche, avec une couverture blanche, une police noire et une petite illustration noire & blanche en  médaillon. Les deux ouvrages portent un papier translucide mais un peu opaque en guise de couverture ce qui leur augmente leur aura de mystère. A l’intérieur les pages sont en papier épais avec un grain doux sous mes doigts dans une teinte pas tout à fait blanche. Les pages devaient être à l’origine non massicotées, d’ailleurs sur l’un des ouvrages il reste des pages de gardes qui n’ont pas été ouvertes, les autres comportent ces traces de feuillets ouvert au coupe papier. Tout ceci faisait déjà de ces deux ouvrages deux pièces que j’avais envie de posséder.

Le premier de ces deux livres porte le titre de Poésies de Verlaine Dessin de Saurat ; donc de la poésie, j’ai envie de dire de la poésie classique même si appliqué à Verlaine cet adjectif frôlerait le contre sens.  Reste pourtant que Verlaine est un poète qui incarne une figure reconnue de la poésie française, figure emblématique du poète maudis et malheureux et que beaucoup de personne on déjà entendu du Verlaine sans forcément se le rappeler. Par contre je ne connaissais pas Georges Seurat et je découvre au travers de ces illustrations un style radical qu’il sera intéressant de mieux découvrir. En tout cas l’ouvrage est beau, la mise en page est aérée laissant ainsi les vers du poète déployer toute sa musicalité singulière.

Le second livre j’en connaissais le titre, et le nom de l’auteur mais je n’avais jamais eu l’occasion encore de le lire ; il s’agit de Lettres à un jeune poète par Rainer Maria Rilke. L’ouvrage regroupe la dizaine de lettres qui constituent la correspondance entre un  jeune élève à l’école militaire tiraillé par la tentation de la poésie dans l’empire Austro-hongrois et le poète Rainer Maria Rilke.  Les deux hommes ne se connaissaient pas et c’est le jeune homme qui sollicite l’attention de Rilke pour bénéficier de ses lumières. J’ai seulement survolé quelques pages pour le moment, mais je ne peux qu’être intéressé par cette correspondance ; d’une part parce que j’ai eu par plusieurs périodes ce que je pense avoir été de véritables correspondances et que cette forme littéraire est sûrement celle parce qui est affirmée en moi le désir d’écrire, d’autre part je me sens un peut poète et un peut tiraillé par les tentations d’autres vies et je suis sûr que la réponse du poète à l’élève officier saura elle aussi me parler.

Ce sont là deux ouvrages que je suis vraiment très heureux de faire entrer dans le projet chiner sa bibliothèque, sûrement deux des plus jolies trouvailles faites en vide-grenier avec Les yeux d’Elsa par Argon. J’ai eu ces deux livres pour la somme dérisoire de 2 euros. Surtout que pour 2 euros en plus de ces deux ouvrages j’ai aussi pu prendre L’étranger d’Albert Camus. L’édition est bien plus banale mais ce n’est pas pour cela que j’ai pris ce livre. Albert Camus fait parti des premiers auteurs que je suis allé lire de moi-même afin de commencer à me forger une culture critique. Je ne sais plus pourquoi je suis arrivé à Camus, est-ce un professeur qui me l’avait conseillé, est-ce mes parents qui m’ont un jour dit que je trouverai dans cet auteur une pensée pouvant faire écho à la mienne, ou est-ce la radio (à l’époque j’étais un auditeur régulier voir excessif de France Inter) qui m’a laissé penser que Camus serait une bonne entrée en lecture, je ne sais pas. Peut-être tout cela à la fois, peut-être est-ce autre chose, mais qu’importe, Albert Camus reste un des premiers auteurs, apparenté philosophe que je suis allé lire en dehors du cadre scolaire, le second étant Freud. Alors j’ai une comme une nostalgie bienveillante pour cet auteur et même si je dois déjà avoir quelques part un exemplaire de L’étranger, je suis content que celui-ci entre dans ma bibliothèque chinée.

Voilà donc en conclusion trois livres qui arrivent dans la bibliothèque chinée, Lettre à un jeune poète de Rainer Maria Rilke, L’étranger par Albert Camus et Poésie de Verlaine Dessins de Seurat, tout cela pour la somme de 2 euros ce qui fait donc grimper le prix total de la bibliothèque à 20,20 euros.

 

Chiner sa bibliothèque #11
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Rédigé par Monsieur C

Publié dans #livre, #brocante, #chiner, #bibliothèque, #vide grenier, #videgrenier

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