Je n'ai jamais lâché

Publié le 3 Mai 2016

J’ai échoué à visiter bien des ports. J’ai échoué surtout à prendre des navires comme on échoue à saisir les occasions. J’ai donc échoué à m’échouer et pourtant j’ai échoué sans raisons, les malles toujours pleines prêtes à partir, trop bien pleines, trop bien prêtes et je suppose que ce n’est pas ainsi que se dessinent les vrais voyages ; la délivrance.  J’ai échoué sans tripes, évitant de rendre les miennes sur le pont d’un bateau, je suis resté à quai amarré quelque part entre je ne sais où et je ne sais quoi. Et j’ai pourtant échoué à échauder toutes les putains du port, j’ai raté le meilleur sans deviner le pire avec la mollesse partisane de ceux qui n’ont pas su partir. Inévitablement, en échouant mes départs j’ai échoué mon retour, je ne suis bon qu’a effleurer la côte comme un léger ressac ; je mouille un peu les pieds des femmes avec la vigueur flasque de la brise quand elle est marine, tandis que j’ai mes pieds ancrés dans le sable mouvant ; même pas besoin de bitte pour nouer mes cordages et prétexter un lien pour ne pas quitter le port. Non, j’ai seulement échoué, comme le sel sur les rochers ; je cristallise en surface pour un peu d’amer et j’ai loupé la mer, je n’ai pas su la prendre et elle n’a pas voulu me prendre. Et même si je devrais pleurer je ne fais rien comme il faut. Debout sur le rebord du quai comme debout sur la frontière d’un monde j’erre sans oser basculer car la marée est basse.

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Je est un Blog, #voyage

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