Le patron du rap raté

Publié le 7 Avril 2016

J'en suis venu à écrire par hasard, dans un mouvement à l'intersection de ma timidité et de l'informatique. Oui, j'en suis venu à écrire sans savoir écrire, j'avais la dyslexique en verve, et j'écrivais sans savoir que j'écrivais, ce que je faisais c'était juste de l'expression, une forme de pulsion qui agissait en moi par nécessité.

 

Je n’écrivais pas par vocation. Encore moins par mimétisme littéraire. J'écrivais d'écriture brute et je n'imaginais pas que cela puisse avoir une existence formelle légitime. Je bafouillais sur l'écran de mon ordinateur comme on écrivait sur les murs des grottes, et sur les murs tout court.

 

Par le hasard des balbutiements de mes goûts, éclectiques, je me suis aventuré penaud, honteux et solitaire à écouter du rap et instinctivement, sans me l'avouer, j'ai compris que ce que je faisais avait à voir avec l'énergie tellurique de ce mouvement culturel de la rue. Mais j'étais un petit campagnard éduqué à la chanson française et je repoussais cette musique tout en y cédant, juste assez pour en digérer une partie de la forme mais pas assez pour me fondre dans le mouvement. De toutes façons je n'étais pas fais pour me fondre, même si je suis sûr que j'aurai pu être à mon aise dans cette marge culturelle émergeante.

 

C'est toute la vie du déterminisme ; en imaginant que je sois la même personne, si j'étais né dans une ville ou dans une citée je suis sûr que j'aurai versé dans la passion de la culture hip hop. Mais j'ai grandi ailleurs et j'ai versé mes mots ailleurs, pourtant sans me l'expliquer encore aujourd'hui j'éprouve de la fascination pour la parole du rap, l'improvisation, le Flow, le clash, qu'importe, j'écoute ça comme un enfant qui regarde un monde où il pense qu'il n'ira jamais en éprouvant une putain d'envie d'y aller.


Je suis un MC refoulé, et lorsque j'écris ma poésie et que je me lis et relis à haute voix mes textes j'écoute toujours voir s'ils prennent un Flow, le pamphlet comme un écho ancien ou moderne à une forme de poésie, la rue, la ville, moi je ne suis rien, aucune crédibilité, aucune prétention, je suis l'oiseau blanc et le loser d'un rêve déchu mais fascinant qui me hante encore.

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Je est un Blog, #rap

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