Jamais assez vite

Publié le 20 Avril 2016

Je regarde mon chien dans le fusil, je me demande si l'autre est plus serein que moi et je me demande lequel de nous deux appuiera sur la détente avant l'autre. Le chien s'est couché sur son cousin, il ne nous attend pas et moi je me demande encore et toujours, je me jure tous les diables que je ne m'y reprendrais pas. Pourtant je regarde s'éparpiller aux quatre coins des vents les miettes qui s’effritent de ma personne ; je suis un être pulvérulent, un lépreux sans la lèpre qui n'échappe pas à son érosion. Triste sort pour un triste sir je m'imagine comme la pierre de roc dans le tumulte d'un torrent et je ne vois pas que je suis le galet qui roule dans le lit de la rivière. Je regarde à nouveau l’autre qui me tient en joue et j’imagine la morsure froide du canon, je feu et l’acier, je le suppose pêcheur devant dieu et moi comme la biche qui se fige dans les phares du camion ; j’ai les mains sur le volant, je ne bronche pas le corps sylphide de la biche se fige dans le faisceau de mes phares, je m’attends au choc les sens à l’affût pour ne rien manquer des os qui se brisent sous la violence de l’impacte. BANG. Vitesse constante, le pare-choc de mon 33 tonnes absorbe le corps vivant de l’animal comme le torrent emporte les bois et les feuilles dans le flot régulier et tumultueux de son expression. Quelques secondes plus tard l’asphalte se déroule de nouveau dans le calme noir de ma nuit. Il défile comme les lignes serrées qui noircissent la page blanche.  

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Je est un Blog, #écrire

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