J'ai ouvert ma porte à dieu

Publié le 15 Mars 2016

Ce matin j’ai ouvert la porte à dieu. Comme à son habitude, lorsqu’il sonne chez moi c’est sous les traits d’une femme blonde à l’allure stricte et au regard incommensurable. Je ne sais plus depuis combien d’années je la connais ; quatre ans au moins, peut-être cinq années entières qu’elle vient chez moi me parler de lui. J’ai ouvert ma porte et avec ses yeux elle m’a ouvert sa porte vers dieu. Ils sont bleus, c’est banal, mais ils sont intenses, un bleu profond qu’elle souligne toujours au crayon noir. D’ailleurs je me demande si elle le sait, si elle sait à quel point ça la rend belle, pugnace et intensif, si elle sait jusqu’à quel point un homme est prêt à ouvrir sa porte à pareil regard. Je me dis que si elle savait cela elle ne le ferait pas parce que je doute que dieu soit raccord avec le pouvoir de ce regard, ni avec les pensées qu’elle convoque à mon âme quand nous nous regardons.

Je voudrais pouvoir dire que ce matin j’ai soutenu son regard mais ça serai mentir, à elle, à dieu et à moi, or j’espère que personne n’est dupe dans ce trio. Alors non, je n’ai pas soutenu son regard, je l’ai fixé pour m’y plonger. Il est bleu intense, ses pupilles étaient petite et noires, perçante comme un éclair de fulgurance, comme un trou noir. La regardant avec une intensité décomplexée j’ai remarqué qu’autour de ses pupilles il y avait un motif plus clair, comme une galaxie indigo irradiant.  Un bleu intense étoilé d’un bleu que je voudrais indigo contenant quelques éclats d’or. À côté d’elle parce que les témoins de Jéhovah viennent toujours pour deux, l’autre femme disparaissait docilement comme une lune qui gravite autour d’un astre et qui régulièrement disparaît derrière.

Pendant deux ans, chaque semaine elle entrait chez moi, je l’accueillais pour qu’elle me parle de dieu, je l’accueillais surtout parce que je n’ai jamais vu une femme aussi belle m’offrir une heure de débat théologique sincère. Elle ne venait jamais seule, parfois avec son père, presque toujours avec son mari, un homme gentil ignorant sa chance et ne sachant pas goûter l’ironie avec laquelle leur dieu se joue de moi car ce mari aimant porte le même prénom que moi. Elle incarnait mon attraction astrale et à les observer tout les deux je me suis convaincu que c’est aussi une femme de tête, une de celle qui porte la culotte et tout le panel des responsabilités décisionnelles.

Par instinct elle tient les cordons et les rennes et s’applique par culture à le faire dans le cadre délimité par son dictat théologique ; un numéro de funambule féminin. Toute évidence elle sous estime ce pouvoir, elle ne le sait pas mais elle appartient à la race de celles qui peuvent avoir le monde à leurs pieds, pour l’aimer, le façonner, le détruire qu’importe, elle est de la race avec laquelle nous sommes toujours d’accord. Je ne dirais pas comment je la trouve belle, ça serai faire injure au vocabulaire et je risquerai de travestir cette vérité qu’elle voile sous des tenues chastes, élaborées pour la dissimuler mais qui soulignent plus qu’elles ne cachent ce que mon esprit n’a de cesse de broder. Mais parfois, alors que j’ouvre la porte je ne peux retenir un compliment sur sa coiffure, son aspect, et ce je ne sais quoi qu’elle dégage.

Ce matin j’ai ouvert ma porte à dieu, j’avais encore l’allure hirsute du dément tombé du lit, je sentais le café chaud et la nuit courte ; quand la prote à sonné j’ai eu un instant de honte, de culpabilité, j’aurai aimé lui présenter l’apparence d’un Apolon pour répondre à sa splendeur virginale bien qu’étant mère je suis certain qu’elle a été déflorée. Quand la porte fut ouverte j’oubliais ma honte et les relents de culpabilité, je me laissais porter par son regard ; ne feignant même plus de croire au roman de son dieu. Je sais que c’est lui qui oblige ses témoins à visiter les âmes comme la mienne, perdue et païenne prête à être sauver. J’ai de la chance d’être son mécréant.

Rédigé par Monsieur C

Publié dans #Dieu, #Je est un Blog

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nicole 22/03/2016 14:43

:)

nicole 22/03/2016 14:43

:)