C'était moi avant

Publié le 15 Septembre 2015

Avant, au far-west de l’internet, je traînais souvent sur les tchats pour récupérer les adresses mails d’inconnus. Ensuite j’écrivais à ces inconnus des mails groupés, 10, puis 20, puis 100 personnes et encore plus jusqu’au jour où mon fournisseur d’accès m’apprenait ce qu’était le spam. C’était avant, j’en savais rien, je ne voulais rien vendre, je ne voulais qu’écrire au plus grand nombre de personnes et espérer recevoir des réponses, des réactions. Je parle d’un temps en 56K, je découvrais les internets et quand je recevais un e-mail je l’imprimais pour l’archiver dans un classeurs, idée pas si conne puisque aujourd’hui je les possède encore. J’écrivais moi, mon journal intime, désirs et révoltes envoyé à des inconnus. Ce spam intime - fonctionnait - les gens répondaient, souvent pour me demander d’arrêter, parfois pour m’insulter, quelques fois une fille tissait avec moi une correspondance, un jour je suis même tombé amoureux et j’ai dit je t’aime dans une cabine téléphonique, jamais nous nous sommes vu, déjà à l’époque j’espérer que les mots pouvaient conduire au sexe mais je ne savais pas comment.

Maintenant tout est fini, on a Twitter, et mille réseaux sociaux pour avoir sa cour, son agora, son instagram pour s’exhiber, ses blogs pour s’écrire et j’ai la nostalgie du temps d’avant, comme si c’était un autre monde, autre mode d’écriture. Je partais au front, je partais en guerre, je partais à l’inconnu, j’affûtais des mots que j’allais envoyer aux inconnus comme le soldat graisse son arme pour tirer des balles en fusion sur un ennemi inconnu. Quand tu ne sais pas sur qui tu tires ça te déresponsabilise, mais quand tu ne sais pas à qui tu écris ça te stimule, parce que l’espoir c’est la réaction, pas la mort, même si depuis ce temps certainement que des correspondantes sont mortes.

Je me souviens de ce nœud au ventre, peur et excitation, quand je m’attablais pour écrire le mail que j’allais envoyer au front, c’était ma guerre, ma guerre contre la timidité et l’inertie. Ma lutte à mot armé pour le sexe, l’amour et l’autre. J’avais peur, j’avais de vraies émotions de joies. C'est l'incertitude qui exaltait ma plume, ma guerre était noble mais secret, mon front mouvant et émouvant. Aujourd’hui c’est devenu quotidien, une norme de mon écriture, j’écris des drones qui peuvent penser par eux-mêmes.

Venez, on part en guerre 2hautenbas@gmail.com

Rédigé par Ceci est un blog

Publié dans #Je est un Blog, #écrire, #correspondance

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