Lettre au corps

Publié le 22 Janvier 2015

 

Bonjour mon vieux, mon gros, mon vieux gros corps, gros con, corps gras, oui, bonjour à toi l’ami.

 

 

On se connaît bien, en toute logique puisque je suis la tête, pas boule ronde et barbue au dessus de ton cou mais la conscience, l’esprit, l’âme, l’intelligence et la prose qui te parle, comme on s’adresse comme un vieux copain de classe avec qui l’on reprend contact via Facebook après s’être depuis trop longtemps perdu de vu. Je en te demande pas comment tu vas, ça serai idiot parce que je suis toi, ta conscience des choses, je suis ton regard et ta connaissance de toi et à ce titre ce que tu ressens ,moi je le sais, je sais tout et même plus.

 

 

Mais alors pourquoi je t’écris ?

 

 

Pour faire le point, pour faire le pitre aussi un peu, et pouvoir prétendre pour une fois m’être prit pour muse ou pour cible, la direction est la même et seule l’intention diffère dans la nuances. Et puis s’écrire de soi à soi c’est une bonne façon de poser les choses à plat, bien que plat, toi, tu ne l’es pas, pas du tout, disons le d’un coup, comme je l’ai dis en introduction, aujourd’hui mon corps tu es gros. Ce n’est pas difficile à dire, pas à toi puisque tu le sais, mais ça a été difficile de se le dire à moi, à soi, de l'accepter comme certains disent même s’il n’est pas précisément question d’acceptation, mais plutôt de concordance de réalité. Je ne sais pas si tu te souviens mon corps mais toi et moi nous avons longtemps été entourés par les corps en souffrance des jeunes filles anorexiques. Enfin toi tu étais entouré et moi j’étais comme attiré, le corps de ma soeur ayant connu ce démon, j’avais l’âme d’un chevalier pouvant sauver les affamées d’elles-mêmes. Tu vas dire que ça ne nous concerne pas directement, mais tu te trompes le corps, parce que moi devant proche d’elles j’ai forcément réfléchit sur le corps, pas toi, mais tous les corps et le rapport plus ou moins conflictuels que les gens ont avec leurs autres toi. En luttant auprès d’elles, nymphes affamées charmées par le diable habillé en Ana, j’ai appris à relativiser le corps et à mettre en critique la dictature médiatique autour du corps, belle prison aux barreaux minces. Et de là j’ai acquis une certaine réserve quand aux restrictions à appliquer aux corps. C’est pourquoi je t’ai laissé devenir ainsi, gourmand dans ton appétence comme un drogué est esthète avec sa drogue. Bien sûr que je voyais les kilos, toi tu les voyais, mais moi, là-bas dans l’esprit j’avais cette idée folle qu’une société ne doit pas fustiger un corps, lui imposer un carcan et un cadre au-delà du quel il ne serait plus admis comme beau, désirable ou sociable. Sans le savoir nous étions presque en guerre toi et moi, disons en discordance théorique.

 

 

Pourtant je t’aime mon corps, c’est con à dire, mais c’est sincère, je t’aime sincèrement comme tu es et là d’ailleurs est un problème. Parce que oui, au fond de moi, le mâle trentenaire invincible voudrait avoir un corps de rêve, d’un corps d'apollon ou bien d'éphèbe, un corps d’image désirable que je puisse dévoiler sans être dans l’outrance vulgaire. Mais ces corps là se gagnent dans la sueur et l’effort et dans une certainement mesure dans la lutte contre l’image de soi que l’on veut quitter pour une autre. Oui, mais moi je t’aime, je m’aime comme ça, imparfait mais beau dans mes yeux. Surtout que pour être franc avec toi nous avons une bonne tête, un beau visage, de beaux yeux et l’expression d’un ourson docile, ça ne fait pas peur mais c’est mignon et donc c’est plaisant dans le jeu social. Et puis je ne vais pas t’incriminer de prendre du poids, de devenir gros et gras parce que le fautif c’est moi, l’esprit, que veux tu mon cher ami, nous sommes homme de lettre, de plume, d’esprit et nous passons plus de temps le cul fixé sur bien lire qu’à courir la campagne ou les tapis roulants des salles de sports. La plume fait grossir, c’est un comble n’est-ce pas ? Je te fais grossir parce que je travail mon esprit … oui je t’entends venir avec la culpabilité, un esprit saint dans un corps saint … je sais que tu as raison. Mais bon, la paresse elle a qui ? A toi ou à moi ?

 

 

Tu veux sûr que je t’aime ? Que je ne mens pas en disant cela ? Tu veux une preuve ? La preuve c’est que je t’ai tatoué à trois reprises et encore à l’avenir. C’est une preuve parce que si les gens sont vite prêts à voir la symbolique dans l’encre que je mets sous ma peau, ils ne réalisent parfois pas que se tatouer s’est s’approprier son corps, c’est un grand geste confiance du corps dans l’esprit et réciproquement, c’est investir son corps avec son esprit de manière ostentatoire, plus fort qu’un mariage. Et si tu veux une autre preuve c’est que si je ne t’aimais pas je ne passerai pas autant de temps à me masturber avec toi, toi et moi, toi et toi, moi et moi. Je crois que c’est Woody Allen qui a dit que la masturbation c’était faire l’amour avec quelqu’un que l’on aime vraiment. Je crois qu’il avait tout comprit.

 

 

Difficile de parler de nous sans parler de sexe mon vieil ami. Par chance pour moi le tient est plutôt beau, en tout cas pour un sexe d’homme et il est fidèle quand les désirs sont là. Mine de rien, le sexe, sa taille, sa fonctionnalité, sa performance, cela hante une longue part de notre vie d’homme, d’adolescent surtout, le corps étant alors c’est grande incertitude. Aujourd’hui mon ami tu es mon véhicule, mon moyen de transport pour aller au septième ciel avec parfois la chance d’emporter une passagère, ce n’est pas rien, et rien que pour cela je devrais être infiniment reconnaissable et admiratif de ce que tu arrives à faire.

 

 

Je crois que l’on arrive au bout de cette lettre mon cher et gros ami, nous avons peut-être par fait le tour de toi, encore moins de moi, mais nous avons à nous deux déjà été trop longs je crois.

 

 

Je reviendrais peut-être mon ami. Je sais où te trouver.

 

Rédigé par Ceci est un blog

Publié dans #Je est un Blog, #Corps, #egotrip

Repost 0
Commenter cet article