J'ai besoin d'exulter

Publié le 7 Janvier 2015

En matière d’expression en ligne, j’ai toujours essayé resté digne, cela voulait dire pour moi rester en retrait d’une certaine forme de pathos sur les réseaux sociaux en ne réagissant pas à chaud face à une catastrophe, un crime, un acte terroriste, un geste barbare ou une expression de la radicalité. Et jusqu’à ce jour, je crois, j’ai réussi à le faire. Mais cela sans mérite puisqu'en réalité je n’ai jamais été vraiment ébranler en mon âme et en ma pensée devant les irruptions de la violence. Je pouvais éprouver de la tristesse, de la colère ou de l’indignation, mais ça n’ébranlait pas mon for intérieur. Pourtant, en ce jour du 07 janvier 2015, au 2022 ème jour de vie de ce blog, je suis frappé et bousculé par l’exécution des journalistes de Charlie Hebdo.

C’est peut-être parce que l’esprit critique, la liberté d’expression et de pensée de Charlie Hebdo ce sont les outils que j’essaie d’acquérir et de manier moi aussi, moi et d’autres, moi et les autres, penseurs, écrivains, littérateurs, etc. C’est peut-être que cette attaque ne ressemble pas au terrorisme aveugle - et injuste - qui frappe au hasard d’une bombe la foule sans distinction. Ici, c’est une attaque commando, c’est simple, précis, hygiéniste, efficace, on entre, on tir sur de vieux caricaturiste, on traque, on tue les morceaux de choix et on disparait dans la vie. Cette image me frappe et me frappe et me frappe encore ; on entre, on vise, on tue et on repart.

La vérité, c’est que cet attentat, me pose surtout devant la responsabilité de ce pouvoir dont on hérite avec la parole, la pensée et les mots. Je suis, tu es, dépositaire de ce pouvoir, nous possédons un outil qui permet d’exprimer des idées, des pensées et qu’en faisant nous ? Ces hommes sont morts pour avoir fait preuve de liberté d’expression et de tenir bon devant la peur, la menace et la paupérisation de la pensée critique. Et moi, moi avec mes mots, ma pensée, ma plume, je me sens comme un con à écrire sans risque et donc, je suppose, sans engagement. Cet attentat me donne envie d’avoir une pensée et une prose qui puisse me mettre en danger parce qu’elle portrait des valeurs. Suis-je capable d'écrire quelque chose qui puisse éveiller la colère radicale de possibles terroriste ? La question n'est pas de savoir si j'en suis capable par l'envie, mais bel et bien par le talent et la qualité des sujets de ma prose. Ne suis-je bon qu'à mettre de l'eau de rose aux moulins à vent où suis-je capable d'autre chose ?

Je le veux, c’est une impression, c’est indistinct, c’est outrancier en moi et ça me rend vulgaire, pathétique, ça me fait perdre ma réserve, ça me renverse, c’est une sensation sur laquelle je n’arrive pas à mettre de mots justes. À chaud on réagit avec le cœur, les couilles, les tripes, les ovaires et c'est bien, c'est légitime. Mais ça ne conduit nulle part ; pourtant ça fait du bien.

J’ai besoin d’exulter.

Rédigé par Ceci est un blog

Publié dans #divagations, #Je est un Blog, #Exulter

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