C’est l'histoire d'un homme, propriétaire d'une toute petite parcelle de terre et qui voulait voir dieu, même si pour cela il devait le devenir, dieu, un peu. Une histoire dans un futur lointain où l'homme a sciemment condamné une partie de sa planète afin de pouvoir émigrer au loin dans la galaxie et au-delà. Quand la question de détruire une part de la terre pour permettre de partir c’est posée, la réponse n’a pas réellement fait de doutes, à part pour de pures raisons de rhétorique et de diplomatie, parce que lorsqu’il a fallu décider si l'humanité était prête a sacrifier une moitié de planète pour permettre la construction et le dèsorbitage de la machine qui permettrait d'envoyer une énorme quantité d'individus, de diversité biologique ainsi qu'une foule de concepts au travers de la galaxie ça a semblé évident à tout le monde, en tout cas à ceux qui étaient en mesure de prendre cette décision. Les grands arbres ne se posent jamais la question quand il s'agit de répandre leurs spores aux hasards des quatre vents pour perpétuer leur espèce. Les hommes avaient fini par réaliser que, quels que soient les politiques économiques, écologiques et sociales, la terre était condamnée non pas par dieu ou par l'homme lui-même mais par le soleil et les lois de l'astrophysique ; dès lors envisager de quitter la terre pour essayer de faire germer l'humanité au-delà d'ici était devenu une évidence et même si la perspective de la fin de l'humanité était aussi lointaine que purement conceptuelle pour des contemporains incapables de voir au delà d'eux-même la gouvernance mondiale prît ce projet très a cœur. Tout comme l’arbre, l'homme n'était pas sûr de parvenir à immédiatement implanter sa civilisation ailleurs, il ne savait même pas où, alors prendre de l'avance sur la funeste destinée de la terre était nécessaire. D'autant plus que la gouvernance se couvrait derrière des arguments massues ; les chantiers pour la construction de la machine interstellaire offriraient des millions d'emplois pour près d'un siècle, voir même deux, comme au temps des cathédrales l'homme occupait l'homme pour le rapprocher d'un but dont le commun des travailleurs ne verrai jamais le bout, l'histoire sans cesse se répétait pour le bonheur de certains.
Condamner une partie importante de la planète dont l'atmosphère allait devenir tellement dégradée qu'elle ne permettrait plus aux populations de survivre décemment avait nécessairement induits d'énormes flux migratoires, redéfinissant les interactions du monde ce qui avait aussi était présenté comme une avancée majeure par la gouvernance mondiale, cela allait permettre de réorganiser la cohésion sociétale. Et c'est ainsi que certains propriétaires terriens sont devenus plus qu'ils ne l'étaient déjà, des petits rois et qu'un d'entre eux eu l'ambition de voir dieu. Même si les chantiers interstellaires attiraient toujours plus de monde venu chercher un emploi sûr et durable, d'autres millions de personnes quittaient la zone qui au futur deviendrait inhabitable ; il fallait les loger, les nourrir, les soigner, les contrôler et les villes, les mégapoles déjà existantes étaient saturées. L'immense majorité de ces villes étaient anciennes, fondées sur des modèles archaïques et non optimisés, il leur était impossible d'accueillir d'autres personnes sans les raser, les rebâtir, et cela était hors de question tant pour des questions de patrimoine- absurdité d'une société qui condamne sa planète, mais s'attache à son passé - que pour des questions de déplacement de population.
Le monde s’est mis a construire d'autres villes dans de nouveaux espaces, et rapidement les immeubles, les gratte-ciel, se sont mis a annexer les campagnes. Quelle que soit la hauteur, le standing ou la localisation du bâtiment, il était complet, réservé, amorti avant même qu'il n'est été terminé. Si au départ les propriétaires vendaient volontiers leurs terres aux entreprises toujours plus grandes et généreuses, ils eurent vite fait de réaliser qu'ils détenaient de l'or et qu'il valait mieux investir par eux-mêmes et cela même si les banques prêtaient à des taux d'intérêt délirant ; la rentabilité des bâtiments était telle que banquiers et propriétaires s'y retrouvaient. Et ainsi en quelques décennies les plaines se sont hérissées de building, patchwork baroque de construction de tailles, styles et différents, un véritable tissu urbain qui s'est répandu jusqu'à encercler les villes devant elles-mêmes comme des villages archaïques perdus au milieu d'une modernité verticale gargantuesque qui résonnait du chaos bariolé des peuples déplacés.

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